St-Gelais Montminy + Associés / Architectes

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Reconstruction du Manège militaire Voltigeurs de Québec

Green Globe niveau 3 visé

Avant l'incendie de 2008, le Manège militaire Voltigeurs de Québec était l'une des icônes architecturales canadiennes les plus reconnues. Cet incendie fut l'élément déclencheur du changement de vocation et du projet de réhabilitation du manège militaire. Sa reconstruction, favorisant la protection du patrimoine, le respect de l'intégrité architecturale et les esquisses élaborées en 1885 par l'architecte Eugène-Étienne Taché, a débuté en 2015. Les composantes d'origine toujours existantes du Manège ont été conservées et intégrées à l'édifice. Toutefois, une reconstruction complète à l'identique n'aurait pas permis de retrouver l'authenticité globale de 1887 et de 1913, en plus de ne pas respecter les lois et codes en vigueur actuellement.

L'immeuble est clairement investi d'une stratification historique qui représente une grande richesse et un fort potentiel de mise en valeur patrimoniale. La réhabilitation du manège et la reconversion de sa salle d'exercice en salle multifonctionnelle impliquent une seconde vie pour le bâtiment et son site pour les générations futures. À la lumière de nos réflexions sur les couches d'histoire du manège militaire, une approche architecturale basée sur le concept de palimpseste a été élaborée. La notion de palimpseste est utilisée dans les disciplines de l'aménagement pour désigner un objet qui est bâti dans le temps par modification et reconstruction successives et qui conserve des traces de ces changements.

L'approche de palimpseste permet d'intégrer et de mettre en valeur les vestiges de façon sensible plutôt que déconnecter les lieux de leur histoire en ne faisant que répondre à un programme architectural. Ainsi, les vestiges de la corniche en pierre et les anciennes meurtrières murées de la tour carrée Est sont laissés exposés sans aucune modification. Les plâtres historiques résiduels à l'intérieur sont conservés avec très peu d'altération. Les murs de maçonnerie exposés de la salle d'exercice et de l'annexe sont exprimés avec leurs traces et leurs finis vieillis par le temps et parfois détériorés par l'incendie. Toutes ces traces expriment très fortement les couches d'histoire associées au manège d'origine, la réalité de son agrandissement de 1913-1914 et l'impact du sinistre de 2008. Ainsi, cette approche évite de cristalliser les finis et les vestiges du passé contrairement à une approche adoratrice, muséologique et dogmatique, et favorise une cohabitation vivante et conviviale du passé avec les éléments contemporains.

La décision de reconstituer le toit de cuivre de la salle d'exercice et sa crête faîtière complètement détruits par l'incendie de 2008 a été l'une des plus importantes du projet de réhabilitation. Cette approche avait été revendiquée par la communauté lors des audiences publiques sur le projet de réhabilitation. Il s'est avéré lors de ces audiences que l'image du manège militaire avec ses couvertures ornementales en cuivre et sa crête monumentale est encore bien présente dans la mémoire collective et que le public y est toujours fortement attaché.

Les nouvelles composantes les plus importantes du projet de réhabilitation sont sans doute l'ajout d'une nouvelle construction à l'ouest ainsi que le nouveau lien créé avec le Parc des Champs-de-Bataille par l'entremise du nouveau pont qui traverse l'Annexe 1913-1914. La nouvelle aile ouest avec son système de lames pare-soleil en cuivre, son parement de maçonnerie et son toit en retrait se veut une interprétation sobre et subordonnée des éléments caractéristiques du manège militaire dans le choix des matériaux et les principes volumétriques, tout en maintenant le parti d'une architecture contemporaine se distinguant de l'existant. L'implantation à l'ouest de cette nouvelle aile est dans la continuité d'une tendance d'expansion de l'immeuble et de son rapport au site. Le lien avec le Parc des Champs-de-Bataille par l'entremise du nouveau pont est aussi la concrétisation d'une intention et d'un principe qui était cher aux yeux d'Eugène-Étienne Taché lui-même.

Tout l'espace central du bâtiment, qui logeait autrefois la salle d'exercice, est occupé par la salle multifonctionnelle pouvant accueillir plus de 1 200 convives. Le parti architectural est de permettre un rappel de l'architecture propre au lieu, soit un manège militaire, de se rapprocher du parti d'origine de Taché tout en ne reniant pas le plafond de bois qui a marqué les deux derniers tiers de la vie de la salle d'exercice et de concevoir une structure contemporaine adaptée aux nouvelles contraintes. La structure est proposée en deux temps : une structure de fermes en gros bois d'oeuvre apparentes et sans colonnes ainsi qu'une structure en bois de construction dans la partie supérieure non apparente du pignon. Les finis choisis tant pour les espaces publics de la salle multifonctionnelle et le foyer que pour les espaces techniques répondent avant tout à des impératifs techniques et fonctionnels. Les murs de maçonnerie intérieurs sont laissés apparents, et les nouveaux finis se doivent de contribuer à la mise en valeur des éléments d'origine tout en demeurant sobres.

Le foyer adjacent à cette salle se veut d'une grande simplicité afin de mettre à l'avant-scène le mur sud, la toiture de cuivre de la salle multifonctionnelle ainsi que le paysage. Celui-ci possède une structure de pontage en CLT sur colonnes en bois lamellé-collé avec connexions dissimulées qui offre une ambiance chaleureuse à ce lieu unique de la Ville. Le foyer est recouvert de matériaux nobles; la maçonnerie est de pierre calcaire de taille et on retrouve une grande fenestration en murs rideaux. La principale vocation du foyer sert d'aire d'attente pour les occupants de la salle multifonctionnelle, de déambulatoire et d'extension à la salle pour des événements de type cocktails ou de conférence de presse.

Photos: Stéphane Groleau | Alexandre Guérin | Stéphan Langevin

Client
Travaux publics et Services gouvernementaux Canada

Budget
104 M$

Année
2018

Lieu
Québec

Consortium

STGM, A49 (ARCOP), DFS